Paléographie
Une lettre d’un père à une fille
par Jacques Trancard
Pour cette édition de notre revue, nous allons délaisser les lettres anciennes pour nous intéresser à une lettre écrite par un écrivain public ne maîtrisant pas l’orthographe. Le cordonnier Jean Pierson donne son accord à sa fille Anne pour se marier à Boulogne avec Simon Droüard, le 27 août 1750.
Cette lettre fait partie du fond des Annexes de Mariages en 2GG miraculeusement conservées1, entièrement scannées par les Archives municipales de Boulogne. Ces Annexes de Mariages sont les pièces fournies par les futurs mariés au curé du lieu où est célébré le mariage. Ces pièces sont très diverses. On y trouve des baptistaires, des mortuaires, des dispenses de bans ou de consanguinité, des copies de conseils de famille des mariés mineurs ou orphelins, ainsi que des lettres comme celle que nous allons étudiée aujourd’hui positionnée en 2GG105.
Comme vous le verrez, l’orthographe est un peu déroutante. Très facilement, en lisant la lettre à haute voix, l’orthographe se met en place naturellement.
| Transcription 1 – Me anfant je vous écris selsis 2 – le larme au ieux de regre que 3 – jay au cœur de votre apsanse 4 – e dettre prives de votre presanse 5 – dant de a fer pareille devant 6 – etre un de preumie jean suy 7 – bien e loignay a mon gran regre 8 – e seur tout puis que dieu vous 9 – apelle pour leu mariage je vous 10 – pry de vous bien acoumouder 11 – antsanble et de neu point oublier 12 – dieu e la sainte vierge de dant vo 13 – prier e il neu vous abandoneront 14 – pa sil plait a dieu je vous 15 – souete tou sorte de bounneur | Traduction 1 – Mon enfant je vous écris ceci 2 – la larme aux yeux de regret que 3 – j’ai au cœur de votre absence 4 – et d’être privé de votre présence 5 – dans des affaires pareilles. Devant 6 – être un de premier j’en suis 7 – bien éloigné à mon grand regret 8 – et surtout puisque Dieu vous 9 – appelle pour le mariage, je vous 10 – prie de vous bien accommoder 11 – ensemble et de ne point oublier 12 – Dieu et la Sainte Vierge dedans vos 13 – prière et ils ne vous abandonneront 14 – pas s’il plait à Dieu. Je vous 15 – souhaite toute sorte de bonheur |
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1 Ces pièces était détruites après le mariage. C’est pour cela que ce type de documents est très rare.
Outre les informations sur des individus ayant vécus à Boulogne, l’intérêt de ces pièces réside dans les copies d’actes de baptême ou d’inhumation d’individus originaires de paroisses parisiennes, dont les registres originaux ont disparu dans les incendies allumés par les Communards en 1872.



