Paléographie
Le Terrier du Prieuré de Blessac pour l’année 1601
par Jacques Trancard
Dans la revue précédente, nous avons vu les lettres à « ductus1 ancien » dans le terrier de Mussy-sur-Seine (Mussy-l’Evesque) datant du 15e siècle, retranscrit à la fin du 16e.
Afin de continuer à vous familiariser, nous allons revoir ensemble le ductus des lettres ayant cours au 16e siècle et au début du 17e, présentes dans les tous premiers registres paroissiaux, les documents notariés ou administratifs de cette époque.

Blessac, situé à 5 km d’Aubusson, est connu pour son ancien prieuré de filles de l’Ordre de Fontevraud, dont il ne reste plus aujourd’hui qu’une bâtisse du 17e siècle : le château de Blessac2.
Transcription pas à pas


1 – Ce jourd’hui3 vingtseptiesme du
2 – moys de jun mil six cens et ung en la
3 – ville de gueret et comté de la marche

Boucle au-dessus
des « i » et du « y »
Comme souvent à cette époque, la première ligne introductive est écrite avec des lettres dont la hauteur vaut 3 à 4 fois celle du corps du texte.
Ligne 1 : La lettre « C » majuscule prend la forme d’une lettrine simple sans fioriture. Le « j » est difficile à distinguer sans l’ensemble du mot « jourdhuy », avec sa grande boucle au-dessus de la ligne d’écriture. Le « h » est ici agrémenté d’un ovale et les « i » de « vingt septiesme », ainsi que le « y » de « jourdhuy » sont pointés avec crochet orné.
Voir l’accent aigu sur « comté » (cercle rouge)
Le « e » de « ce » est encore dans sa forme ancienne, à « aigrette » alors que ceux de « vingt septiesme » sont déjà modernes. Remarquez dans « septiesme » les deux « s à crosse » et l’ajout d’un « s » avant le « m » qui évoluera en un accent grave sur le « e » en français moderne.



Ligne 2 : deux lettres déjà rencontrées, le « e à aigrette » dans « cens » et « en » (flèche rouge) et le « s double aigrette » dans « moys » et « cens » (flèche verte)


Les mots « jun » (juin) et « en » présentent un « n à développement inférieur » que l’on rencontre exclusivement en fin de mot4.

Une éperluette (&) marque l’abréviation de la conjonction « et ».
On remarquera l’orthographe de « moys » prenant un « y » à la place d’un « i », interchangeables à l’époque, de « cens » accordé en nombre avec « six », pour lequel il manque le « t » (on écrira « cent » au singulier et « cens » au pluriel, comme « enfant » au singulier et « enfans » au pluriel) et enfin « ung » prend un « g » terminal5.

La ligne 3, ne devrait pas vous poser de problème.
Remarquez l’éperluette dessinée un peu différemment.
Le « ch » de « marche » montre un « c gothique » (flèche rouge) et un « h à développement inférieur » (flèche verte), ce dernier visible par deux fois à la ligne suivante



marche
honeste
homme


4 – en la maison et logis de honeste homme
5 – guilhaume dissendes dict groullon hostellier
6 – de ladicte ville avant midy pardevant nous
Ligne 4 : Sont présents trois « e à aigrette » (en, honeste et homme), deux « n à développement inférieur » (en et maison), deux « s à crosse » (maison et honeste), un « d à rebour » (de) et deux « h à développement inférieur » (honeste et homme). « Honeste6» ne prend ici qu’un « n » et se caractérise par un « s » comme « hostellier » (ici avec deux « l ») à la ligne suivante, dont le souvenir se fera par la présence d’un accent grave en français moderne.
Ligne 5 : Le prénom « Guilhaume » prend un « l » suivi d’un « h à développement inférieur », figurant ce que l’on appelle le « l mouillé » se prononçant comme « ill », rappelant que nous sommes ici en pays d’Oc.
« Dict » prend un « c » surnuméraire comme « dicte » ligne 6, rappelant le nominatif latin « dictus », action de dire, tous les deux avec un « d à rebour ».
Ligne 6 : Voyez le « y » de « midy » et les trois « d à rebour » de « dicte », « midy » et « pardevant »


7 – pierre fourot et sulpice meaulme notaires
8 – royaux audict pays et commissaires de présents
9 – suivant certains lettres a faire terrier et
Ligne 7 : la seule difficulté est représentée par « err » dans « pierre », difficile à voir pour un oeil non exercé.


Avec un « e à aigrette », un « r roulé » et un « r » d’allure moderne
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1 Ductus : Façon qu’ont les scribes de tracer les lettres
2 Wikipedia
3 Ce jourdhuy : issu du latin hodie « en ce jour , littéralement « ce jour du jour » est en fait un pléonasme et la formule « au jour d’aujourd’hui » constitue un double pléonasme.
4 Dans les textes en latin, les mots finissant par « um » prennent souvent un « m à développement inférieur » en écriture cursive
5 Récemment, j’ai trouvé le mois de « juin » écrit « jung » avec un « g » et le mot « coin » écrit « coing » comme le fruit
6 Honnête homme : Bourgeois ou notable, le terme était simplement un adjectif qui stipulait que la personne était de « bonne naissance, honorable, convenable, considérable », l’expression est opposée à la noblesse, seulement utilisée par les marchands et artisans. (D’après GénéaPass)
