par Martine Riou

A l’occasion de la Coupe du monde de football qui a eu lieu il y a quelques mois, a été évoquée dans les médias l’origine de l’évènement. Mais savez-vous qu’un Boulonnais a été associé à son histoire ?
Il s’appelle Abel Lafleur ; ce nom ne vous dit sans doute rien et pourtant …

Je ne souhaite pas faire durer le suspens très longtemps et, dommage pour les sportifs, ce n’est pas d’un footballeur dont je vais vous parler, mais d’un sculpteur.

Réplique de la coupe Jules Rimet
Wikipedia

Il y a presque 100 ans, en 1930, un certain Jules Rimet, fondateur de la Coupe du monde de Football Association, sollicite un sculpteur, Abel Lafleur, pour créer un trophée.
L’oeuvre réalisée, la « Victoire ailée » mesure 35 centimètres de haut, pèse 6,175 kilogrammes et est en argent fin plaqué or1. Elle représente Niké, la déesse grecque de la victoire.

Elle sera remise pour la
première fois à l’Uruguay, pays vainqueur de cette première coupe du monde.
Le timbre ci-contre évoque cet
évènement.

Wikipedia

Le trophée, qui s’appelle bientôt coupe Jules Rimet, est bien sûr convoité par les sportifs, mais pas
uniquement. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la sculpture est cachée par un Italien pour éviter
qu’elle ne soit emportée par les nazis. Elle disparaît à Londres en 1966, puis est retrouvée. Une réplique est alors réalisée. L’original resté au Brésil sera à nouveau dérobé en 1983, mais, cette fois-ci, reste introuvable. Entre temps, en 1974, un nouveau trophée a été réalisé.

Wikipedia

Intéressons-nous au créateur de la Victoire ailée.
Joseph Abel Lafleur est né le 4 novembre 1875 à Rodez dans
l’Aveyron. Il est le fils d’Etienne Lafleur, mineur, et de Rosalie Coustols.
Le couple s’est marié à Valady en 1868. Ils sont tous deux originaires de Valady ou des environs dans l’Aveyron.
En 1871, nait une fille, Rosalie Nathalie Marie, à Valady. La famille
semble ensuite s’installer à Rodez où nait Joseph Abel. Il n’a pas été trouvé d’autres enfants. Sur la fiche matricule de Joseph il est indiqué qu’il est « fils unique de veuve ».

Entre 1875 et 1885, la famille quitte l’Aveyron et on la retrouve en région parisienne. Etienne Lafleur
décède à l’hôpital Saint-Anne à Paris en 1885. Sur l’acte, il est qualifié de terrassier. Son épouse est
domiciliée à Choisy-le-Roi (actuellement Val-de-Marne). Elle figure effectivement avec ses deux enfants sur le recensement de 1886 de cette commune. Elle décèdera à Paris en 1924.

Cinq filles3, toutes nées à Paris : Elisabeth Jacqueline (1911-1965), Jeanne (1912-1994), Beatrix (1914-2007), Monique (1918-2012) et Denise (1922-2008)

Sa fiche Wikipedia nous apprend que Joseph Abel Lafleur a étudié à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, inscrit en 1889, ainsi qu’à l’Ecole des Beaux-Arts, dans l’atelier de deux sculpteurs et médailleurs, Clément Chaplain et Hubert Ponscarme. Lors du recensement militaire (il est de la classe 1895), la profession mentionnée sur sa fiche matricule4 est sculpteur ornementiste.

En 1897, libéré des obligations militaires, il acquiert une bonne notoriété dans son art et participe à de nombreuses expositions.
En 1911, il se marie à la mairie du 16e arrondissement de Paris le 18 juillet avec Anne Victorine Jeanne Renson, fille de Thomas Victor Renson, artiste peintre belge. Leur première fille, Elisabeth Jacqueline nait quelques mois plus tard. Deux autres filles rejoignent la famille en 1912 et 1914.
Mais la Première Guerre Mondiale éclate. Mobilisé, il est affecté au 26e régiment territorial d’infanterie, puis dans un service auxiliaire jusqu’à sa démobilisation en janvier 1919.

memorial14-18.paris.fr

Entre-temps, en 1918, une quatrième fille est née et la cinquième verra le jour en 1922.
Dans cette période d’après-guerre, propice à un renouveau artistique, Abel Lafleur réalise des médailles et des bas-reliefs dans le style Art nouveau et Art déco.
Il se voit confier la réalisation du monument aux morts de la Banque de France que l’on peut toujours contempler dans la cour de l’hôtel de Toulouse.

En 1922, lors de la naissance de Denise, la famille Lafleur habite 15 rue Louis David dans le 16e arrondissement de Paris. C’est là que décède Rosalie Coustols, la mère d’Abel Lafleur.
Cependant il semble que la famille a déjà des liens avec Boulogne-Billancourt. En effet, en novembre 1924, Abel Lafleur achète une concession5 au cimetière ancien de cette ville. Sa mère y est inhumée, comme le sera sa soeur en janvier 1949.
Pourtant, d’après des courriers trouvés dans le casier sanitaire conservé aux Archives municipales de Boulogne-Billancourt, il n’est devenu propriétaire du 41 rue de Sèvres qu’en juillet 1925. Y est-il locataire avant ou habite-t-il à une autre adresse ?

Cadastre de 1936
1G110 – Arch.mun. BB

En 1930, il dépose une demande de construction d’un atelier : « Je soussigné Abel Lafleur propriétaire à Boulogne-Billancourt, 41 rue de Sèvres, ai l’honneur de solliciter de votre bienveillance l’autorisation
nécessaire pour la construction
d’un atelier sur mon terrain (…)
suivant plan ci-joint. »

Casier sanitaire 41 rue de Sèvres – Arch. mun. BB

La famille habitera la maison plus de 30 ans.
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’une des filles, Jacqueline, administrateur à la Préfecture de police, participera au réseau de résistance NAP6. Elle sera décorée de la Légion d’honneur et de la médaille de la Résistance.

Abel Lafleur décède le 27 janvier 1953 chez lui à Boulogne-Billancourt.
Après le décès de son épouse en 1960, les cinq héritières déposeront une demande de construction d’un immeuble à usage d’habitation sur l’emplacement de la propriété familiale du 41 rue de Sèvres.
Petit détail amusant : Jeanne, la seconde fille, a épousé en 1943 un certain Jean-Baptiste Aulas. Mais ce dernier, originaire de Saône-et-Loire, ne semble avoir aucun lien de parenté avec Jean-Michel Aulas, ancien président de l’Olympique Lyonnais.

La tombe de la famille Lafleur (ou La Fleur) est toujours visible au cimetière ancien de Boulogne-Billancourt.

____________________
1 Wikipedia – d’autres sources indiquent qu’elle est en or massif.
2 Pas d’acte de naissance – dans l’acte de mariage: il est indiqué « au commencement de septembre 1812 »
3 Chacune des filles a cinq prénoms (voire sept) – seul le premier a été retenu, à part pour Elisabeth Jacqueline, ce dernier prénom semblant être l’usuel
4 Matricule 1283 – classe 1895 – Paris 3e bureau
5 Concession funéraire carré 9, tombe 136
6 Noyautage des Administrations Publiques

.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut